dimanche, 25 octobre 2009
Piet Hein, poète danois et touche-à-tout aux multiples talents...
Jeg er s'gu min egen
Pour des raisons diverses sur lesquelles je ne m'attarderai pas ici, il y a longtemps que je voulais vous parler d'un personnage aussi singulier et attachant que peu connu en France, le danois Piet HEIN (1905-1996), tout à la fois poète, artiste, designer, inventeur, philosophe, scientifique, et, en tant qu'intellectuel, militant antifasciste des années 30.
Si je ne l'ai pas fait plus tôt, c'est qu'il n'était à l'évidence guère facile (même en se limitant au poète) de vous proposer des textes écrits dans une langue parlée par seulement quelques petits millions d'individus dans ce vaste monde, et qu'il n'est pas question pour moi de vous en proposer des traductions de mon cru (il n'est apparemment pas traduit en français), sauf à risquer au mieux un mot à mot bien incapable de rendre les effets et la concision de l'original.
Comme bon nombre d'auteurs danois, qui publient en anglais pour des raisons évidentes (Karen BLIXEN en étant l'exemple le plus connu), il a lui-même rédigé une version anglaise de ses « grooks », petits poèmes très brefs (« gruk » en danois, probable mot-valise issu de l'amalgame entre « grin » -rigoler- et « suk » -soupirer-). Les amateurs peuvent s'en procurer plusieurs recueils sur internet (en anglais ou en danois, au choix).
Mais passons sans tarder au premier des textes que je veux vous proposer, aux allures de comptine. Pas si puérile que cela cependant, quand on sait que bon nombre de ces textes ont été publié dans le journal Politiken (sous un pseudonyme, mais quand même), dans un pays sous occupation nazie entre 1940 et 1945.
Chat perdu sans collier
Il s'agit d'un jeune chat qu'on croise, et qu'on croit perdu sans doute. Mais quand on lui demande qui est son maître (à qui il est), il répond indigné, et avec un juron (« s'gu », c'est à dire quelque chose comme « nom de dieu »), qu'il n'a d'autre maître que lui-même. Peut-être même ni dieu ni maître. J'aime bien ce chat, il va sans dire.
Pelouse interdite
Voilà maintenant une sauterelle sur un galet (le Danemark est pays de moraines) qui pleure comme rarement on vit quelqu'un pleurer. Au prix d'efforts surhumains (je sais, c'est une sauterelle, et il serait plus fidèle à l'original de dire « au prix de grandes difficultés »), elle a acquis les rudiments de la lecture. Elle s'est alors mise en quête de quelque écrit à déchiffrer, et le premier texte qui lui est tombé sous les yeux, c'est une pancarte « Pelouse interdite »...
Den bedrøvede græshoppe
En græshoppe sad på en lille flad sten
og græd som det sjældent grædes
den havde møjsommeligt lært ABC
og så fået en tekst, og det var jo en
ved at græsset må ikke betrædes.
Versions anglaises...
Deux autres petits textes, en anglais cette fois (je connais la version danoise du premier, dit par Piet HEIN lui-même sur un 33 tours 25 cm édité par RCA, collection Louisiana Gyldendal grammofonplader, et je vous en aurais volontiers proposé un extrait, si réaliser cet innocent piratage n'était pas au dessus de mes forces... j'en profite pour signaler que tout coup de main bénévole est le bienvenu). Pour la compréhension de ces deux textes, vous vous débrouillerez. Faut vous mettre aux langues étrangères, c'est notre président qui le dit...
CONSOLATION GROOK
Losing one glove
is certainly painful,
but nothing
compared to the pain,
of losing one,
throwing away the other,
and finding
the first one again.
DREAM INTERPRETATION
Simplified
Everything's either
concave or -vex,
so whatever you dream
will be something with sex.
Husk at leve mens du gør det...
Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures (les plus efficaces), c'est bien connu. Mais il arrive que le sujet réclame de plus longs développements. C'est le cas avec les deux derniers textes qui suivent, extraits de « Husk at leve » (« N'oublie pas de vivre », Borgens Billigbøger, 1965).
Ordet er devalueret
Ordet er devalueret.
Kunsten er blevet en kunst.
Den som kan tale og ingenting sige
er sikker på folkegunst.
Fraser og flovser, klicheer, jargon'er,
skåler og halv besked
skaber en skuffende billig syntetisk
erstatning for virkelighed.
Radio - det er jo ikke kunst.
Radio det er teknik.
Målet er ikke at tjene et emne
men at benytte et trik.
Vist skal vi vise folk virkeligheden,
men først må vi lyve den sammen.
Underholdning og harmløshed
skal fylde din livsdag. Amen
Og så kan der komme en stille ung mand
med noget enkelt og sært.
Han spør ikke, om det er kunst eller ej.
Men han véd, det er stort og svært.
Han har taget de lyriske snabelsko af,
for han står på et vanhelligt sted.
Hans kunst er: at ikke gå udenom,
men få vanskelighederne med.
Og så viser det sig, at et ærligt sind
er en rolle man ikke kan spille.
Og så viser det sig, at dét folk forstår,
er det man sir ganske stille.
Og så viser det sig, hvad al uægte kunst
vrider sig for at benægte:
at den eneste vej til at virke ægte
det er at være ægte.
Je vous propose ci-dessous une ébauche de traduction de ce texte (écrit il y a plus de quarante ans !), dont l'intérêt principal me paraît être la dénonciation du mensonge médiatique si courant aujourd'hui...
L'inflation verbale
Les mots ne valent plus un clou.
L'art est devenu un truc.
Celui qui sait parler pour ne rien dire
est sûr d'obtenir la faveur des foules.
Phrases toutes faites, platitudes, clichés,
jargon, toasts et verbiage
nous offrent à bon marché de la réalité
un ersatz trompeur et décevant.
La radio? ce n'est pas de l'art.
La radio c'est de la technique.
Son but n'est pas d'approfondir un sujet
mais d'utiliser un truc.
Sans doute devons nous montrer aux gens la réalité,
mais il nous faut d'abord la ficeler en un gros mensonge.
Divertissement et inoffensives banalités
seront ton lot. Ainsi soit-il.
Et voilà qu'arrive un jeune homme taiseux
avec quelque chose en lui de particulier, d'étrange.
Il ne se demande pas si c'est de l'art ou non.
Mais il sait que c'est important et difficile.
Il a jeté aux orties les cothurnes, et tout l'attirail ronflant du lyrisme,
car il se tient en un lieu profane.
Son art consiste à ne rien éluder,
à prendre en charge les difficultés.
Et voilà qu'il apparaît que le meilleur comédien
ne peut pas singer la sincérité.
Et voilà qu'il apparaît que cela même que les gens comprennent,
c'est ce que l'on dit posément.
Et voilà qu'apparaît ce que tout art inauthentique
à grand renfort de contorsions s'acharne à nier:
que la seule façon de faire vrai
c'est d'être vrai.
Pourquoi ont-ils brûlé Giordano Bruno ?
Il est souvent risqué de crier que le roi est nu, que Bongo est le fils de son père (ou Jean le fils de Nicolas), n'en déplaise à H-C Andersen et aux monarques bonhommes de ses contes. Brûler les livres (et leurs auteurs le cas échéant) se pratiquait couramment du temps de l'inquisition, du temps d'un petit peintre viennois prénommé Adolf, et aujourd'hui encore... Il y a quatre siècles, Giordano Bruno fut brûlé à Rome pour avoir refusé de se rétracter (ses thèses ne portaient pas seulement sur la conception d'un univers infini, au-delà des conceptions coperniciennes, mais aussi sur quelques questions alors au moins aussi sensibles, comme la virginité de Marie ou la question de la trinité).
Je ne vous donnerai cette fois d'indications que pour la compréhension des passages essentiels de ce dernier poème:
Pourquoi ont-ils brûlé Giordano Bruno ? Parce que l'ouverture d'esprit est dangereuse. Parce que la puissance spirituelle de la parole est une arme. Parce que l'indépendance est une force... Parce qu'une pensée libre brise toutes les chaînes... Voilà pourquoi ils ont brûlé Giordano Bruno. Parce que l'homme est plus grand que les geôles où on le fait croupir, que les armes qu'on tourne contre lui, que les puissances qui s'échinent impuissantes contre la pensée de Giordano Bruno. Voilà pourquoi ils sont morts, et pas lui.
Hvorfor brændte de Giordano Bruno ?
Fordi sindets åbenhed er farlig.
Fordi ordets åndskraft er et våben.
Fordi livets frihed er en magt.
Fordi livets frihed er den magt
imod hvilken voldsmagt er forgæves.
Fordi ordets åndskraft er vort våben
mod inkvisitionens herredømme.
Fordi sindets åbenhed er farlig
for enhver som lever på dets trældom.
Fordi Aristoteler kan styrtes,
og Copernici udvide verden.
Fordi menneskenes lange vandring
imod ny mangfoldighed og fylde,
ledet af den ydmygt åbne tanke,
sprænger alle slaveriers bånd.
Derfor brændte de Giodano Bruno.
Derfor, - Fordi mennesket er større
end de kamre, som det kues ned i,
end de våben, som man vender mod det,
end de magter, som så magtesløse
tårnes mod Giordano Brunos tanke.
Derfor lever ikke de, men han.
Le dernier mot
Le dernier mot (trouvé je ne sais plus où sur internet), on le laissera à Piet HEIN:
« After all, what is art? Art is the creative process and it goes through all fields. Einstein's theory of relativity - now that is a work of art! Einstein was more of an artist in physics than on his violin. Art is this: art is the solution of a problem which cannot be expressed explicitly until it is solved. »
Plus d'infos (entre autres):
http://fr.wikipedia.org/wiki/Grook
http://chat.carleton.ca/~tcstewar/grooks/grooks.html
http://www.villastabbia.it/Eng/Piet-Hein-Villa-Stabbia.htm
N'oublions pas l'inventeur de jeux (Hex en 1942) et de casse-tête (Soma-Cube en 1936):
http://jeuxsoc.fr/?principal=/jeu/hex__
Infos en danois, pour ceux qui le lisent :
http://www.denstoredanske.dk/Kunst_og_kultur/Litteratur/D...
http://www.denstoredanske.dk/Danmarks_geografi_og_historie/Danmarks_historie/Danmark_1849-1945/Frisindet_Kulturkamp
Intéressant article sur le « Frisindet Kulturkamp » (et le rôle de Piet HEIN en son sein en mars 1940) dans le Leksikon for det 21. århundrede (« Det er altid sejrherrerne, der skriver historien »)
http://www.leksikon.org/art.php?n=1483
(NB: 3 des liens ci-dessus ne fonctionnent pas; pour accéder aux sites ciblés, il faut donc copier / coller le lien dans la barre du moteur de recherche)
20:09 Publié dans Du bonheur dans les épinards... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : piet hein poète danois, husk at leve mens du gør det, husk at elske mens du tør det, giordano bruno
jeudi, 22 octobre 2009
Le cauchysme, maladie infantile du radicalisme à la mode de Caen ?
Trois p'tits Tourret puis s'en vont...
Lénine n'est pas mon cousin, et pourtant, au vu des symptômes présentés ces derniers mois par la variante locale du radicalisme (Citoyens à Caen - PRG, et réciproquement), il aurait certainement, comme moi, diagnostiqué une pathologie de type dégénérative, qu'on conviendra (provisoirement) de baptiser « cauchysme » pour sa plus récente manifestation, révélée par l'hebdomadaire Liberté dans son édition du jeudi 15 octobre 2009.
(cliquer pour agrandir)
Une souris verte...
Pascale CAUCHY, conseillère régionale et par ailleurs adjointe de Philippe DURON à la mairie de Caen, y confirme en effet qu'elle rejoint Europe Ecologie, c'est à dire les Verts, et quitte donc le groupe CàC-PRG, puisque CàC, mouvement dont elle faisait partie depuis 1995, n'admet pas la double appartenance... Ou du moins ne l'admettait pas il y a plus de dix ans, époque où Jean-Luc VERET en avait proposé la solution, pour la participation à d'autres scrutins que municipaux (il avait alors quitté CàC pour les Verts, déjà...). Mais les statuts, c'est comme les principes, ça se modifie. Et n'ayant moi-même plus cotisé depuis sept ans au moins, j'ai pu louper quelques épisodes...
Brève histoire de Citoyens à Caen
Citoyens à Caen est à l'origine, autour d'André PAYSANT, une machine de guerre anti-MEXANDEAU. Bon, ce n'était pas que cela non plus (et c'est la raison pour laquelle des gens d'horizons assez divers ont pu des années travailler ensemble). Mais de ce seul point de vue, ce fut très efficace (échecs de la gauche aux municipales de 1995 et 2001). Revenons en 1995. Réunis à Asnelles à la veille des municipales pour mettre au point liste et programme, les futurs colistiers d'André PAYSANT n'apprennent qu'alors qu'il a finalement choisi de se présenter à... Cherbourg, qu'il leur faut se choisir une autre tête de liste, et qu'il propose pour le remplacer Xavier LE COUTOUR. Et voilà ce dernier en selle...
Six ans plus tard, après une fusion des petites listes (dont CàC) avec le PS, et un nouvel échec face à Brigitte LE BRETHON, Citoyens à Caen décide de s'accoupler au PRG, pour sa soi-disant « audience nationale ». Alain TOURRET est alors, pour quelques mois encore, député de Vire. Il est depuis (pour quelques mois encore ?) un des nombreux vice-présidents du Conseil Régional. Et surtout maire de Moult, ce qui est déjà beaucoup... C'est sans doute à l'occasion de cette alliance que Citoyens à Caen a perdu un peu de son âme (disons de son originalité, de ses illusions, de sa capacité à faire illusion), perdu aussi quelques militants réfractaires au radicalisme mou (voire franchement flasque), ... et gagné quelques strapontins (aux régionales de 2004, et aux municipales de 2008).
La somnolence, stade ultime du radicalisme
A l'époque de la fusion avec le PRG (qui n'était pas une fusion nous assurait-on, chaque partie devant paraît-il garder une certaine autonomie), CàC présentait au moins l'avantage (pour le PRG) d'une présence et d'un capital de sympathie sur Caen. L'apport du PRG n'était guère qu'une étiquette, une marque de fabrique, un souvenir (celui des Rad-Socs d'avant-guerre, suffisamment nombreux pour faire et défaire les ministères, mais sans religion bien précise). A Caen comme ailleurs, cela faisait belle lurette que les radicaux (du PRG) n'existaient plus que sur le papier, et faisaient l'appoint sur les listes PS (ce qui explique la présence de Jean-Louis TOUZE dans l'opposition -ô combien modérée- à Jean-Marie GIRAULT et Brigitte LE BRETHON). Belle affaire donc pour le PRG que cette OPA sur CàC. Mais les mauvaises habitudes, c'est contagieux, et l'ensemble CàC-PRG sombra rapidement dans la somnolence radicale, épisodiquement troublée par les tirades vibrantes et creuses des campagnes électorales.
De la somnolence au coma...
Vu de l'extérieur, l'affaire est peut-être plus grave encore, et on peut se demander si Citoyens à Caen n'est pas aujourd'hui en état de mort cérébrale, comme son compère le PRG dont le coma prolongé n'augure rien de bon.
On en cherchera des signes dans les manifestations extérieures de ces deux entités. Qui a entendu parler à Caen de la diffusion du moindre tract, émanant de CàC ou du PRG, sur quelque sujet que ce soit ? Ce ne sont pourtant pas les sujets de préoccupation et de mécontentement qui manquent: licenciements, chômage, grande pauvreté, logements décents non accessibles à une part de plus en plus importante de la population, atteintes incessantes aux libertés, mainmise des copains et des coquins sur tous les rouages de la société, et j'en passe. Qui a entendu parler de la moindre réunion publique organisée par l'une ou l'autre de ces (très discrètes) organisations ? Personne...
« Caen à gauche »
Si cela avait été le cas, elles auraient assurément annoncé cette réunion, ou publié ce tract, sur leur site internet commun, crânement intitulé « Caen à gauche ». S'il arrivait que des gens « de droite », inquiets de quelque possible mouvement d'humeur populaire, viennent consulter les écrits de cette bande d'agitateurs, en quête de quelque signe annonciateur, ils seraient tout de suite rassurés. Pas un mot, pas un geste des mois durant. Le dernier billet publié date du 5 mars 2009. Des voeux tardifs de nouvelle année, et les bonnes résolutions qui vont avec...
http://www.caen-a-gauche.com/index.php?option=com_content...
http://www.caen-a-gauche.com/index.php?option=com_content...
On peut poursuivre la visite par les bas côtés: la rubrique « nos élus » est instructive. On y trouve (encore) Pascale CAUCHY, Xavier LE COUTOUR bien sûr, et Jean-Louis TOUZE. Point à la ligne. Le groupe Citoyens à Caen - PRG n'annonçait-il pas fièrement, dans le n° 91 de Caen-Magazine (septembre-octobre 2008), qu'il comptait 9 élus ? Où sont les 6 autres ? Serait-ce qu'à Citoyens à Caen l'élu de base, simple conseiller municipal, compte pour du beurre ? On mesure à cette aune quel prix on doit y accorder à l'avis du citoyen de base, malgré tous les discours sans conséquence qu'on y tient à ce sujet...
caen mag n 91 sept-oct 2008.pdf
Voilà la coquille vide que Pascale CAUCHY quitte à son tour.Est-ce seulement « pour changer d'épicerie », comme l'écrit le préposé aux potins de Liberté, trop heureux de pouvoir sans risque rapporter une vacherie ? Est-ce pour courir au secours de la victoire, comme il le laisse encore entendre ? Nul ne sait. Tendez l'oreille, le séisme est imminent. Alain TOURRET (présenté comme le « patron » de Citoyens à Caen) n'a-t-il pas déclaré que « La politique n'est pas une aventure individuelle mais un choix collectif ». Bigre!
23:55 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : pascale cauchy, citoyens à caen - prg, europe ecologie, les verts, jean-luc veret, andré paysant, louis mexandeau, xavier le coutour, alain tourret, jean-louis touze, conseil régional de basse-normandie, mairie de caen, philippe duron
mercredi, 21 octobre 2009
La mascarade des conseils de quartier...
Décider, consulter, formater...
Une affichette, apposée sur la dernière cabine téléphonique publique du Calvaire St Pierre (avenue Professeur Horatio Smith), annonce la tenue ce vendredi à 19h d'une réunion publique du conseil de quartier, et, au nombre des points à l'ordre du jour, cite... la « proposition d'une formation des conseillers de quartiers » sur les questions d'urbanisme: projet de ville et PLU.
Ce conseil de quartier consultatif n° 2 a jusque là, comme les autres, tenu 2 réunions en tout et pour tout (le 28 avril et le 30 juin). On en trouve le compte-rendu sur le site internet de la mairie (lien ci-dessous). Il n'a apparemment pas abordé les questions d'urbanisme, mais d'autres l'ont fait, comme celui (n° 3) dont le territoire va de St Gilles à la Pierre-Heuzé, en passant par St Jean-Eudes, Calmette et Lébisey.
Le Clos-Joli, exemple de « consultation »...
Celui-là a même eu droit, à l'occasion de sa réunion du jeudi 25 juin place Champlain (Pierre-Heuzé), à la visite de Xavier LE COUTOUR (XLC), adjoint au maire, suivi comme son ombre par Gilles GUERIN, son éminence grise, directeur de l'urbanisme à la mairie.
XLC tenait sans doute à exposer lui-même son grand projet de démolition-reconstruction de la cité-jardin du Clos Joli (les maisons murées le long de l'avenue Clémenceau, vides pour nombre d'entre elles depuis près de 10 ans), et d'extension sur les terrains du CHR-Clémenceau.
Un exposé de cette envergure ne se conçoit pas sans la projection d'un dossier commercial soigneusement préparé sur ordinateur (le même qu'aurait présenté l'adjoint ad hoc de Brigitte LE BRETHON si elle n'avait pas perdu son siège de maire un an plus tôt).
Et après les banalités d'usage (Caen intra muros qui perd 1000 habitants par an, ce qui justifie paraît-il qu'on rende constructible le moindre bout de terrain, etc.), XLC exposa son grand oeuvre (depuis 10 ans en fait dans les cartons du service municipal de l'urbanisme, à peu de choses près): un petit « grand ensemble » bien quadrillé d'immeubles collectifs, alignés comme à la parade.
Le tout assaisonné de l'inévitable « requalification » des espaces publics (élargissement de l'avenue Georges Clemenceau et de la rue des Cultures, déplacement et revitalisation des commerces existants -avec quels moyens, juridiques et financiers ?), et du « signal fort » d'une ou de plusieurs tours supposées marquer une « entrée de ville » qui n'en est pas une, puisque l'automobiliste pénétrant par là dans Caen vient de traverser Hérouville de part en part...
Pour avoir assisté à cet exposé, au cours duquel XLC reprit également à son compte la coûteuse réhabilitation provisoire, par Caen Habitat, d'une dizaine de pavillons, au prix de 70.000 euros en moyenne (des pavillons qui ont vocation à être détruits comme le reste), je peux témoigner de l'absence d'enthousiasme avec lequel cet exposé a été accueilli par les « conseillers » du quartier concerné, et mêmes des vives critiques qu'a suscité de leur part le projet de tours face au cimetière...
On en reparlerait, leur assurait-on. Ce ne fut bien sûr pas le cas, et deux mois plus tard, ce projet était soumis tel quel à l'enquête publique, avec 4 autres « révisions simplifiées » qui ont toutes vocation à être approuvées, avant la fin de l'année, par le conseil municipal. Ce n'est là, à l'évidence, rien qu'on puisse qualifier de concertation ou de consultation. De l'information, au mieux...
Projet de ville, PLU...
Quant au projet de ville, vague resucée d'un document banal et prétentieux tout à la fois (plein de « liaisons douces », de « signaux forts », de ville bleue, blanche et verte), commis il y a plus de dix ans par les trois mousquetaires alors « pilotes » du POS (dont Luc DUNCOMBE est politiquement le seul survivant)... il a été adopté par le conseil municipal le lundi 14 septembre dernier, après un exposé particulièrement soporifique du « visionnaire » Xavier LE COUTOUR (agrémenté des illustrations d'usage sur les écrans plats servant de paravents aux conseillers). Des conseillers municipaux (avec voix délibérative en ce qui les concerne) qui ne sont pas plus formés aux questions d'urbanisme que le commun des mortels, mais qui savent de façon innée ce qui est bon et ce qui ne l'est pas, selon qu'ils appartiennent à la majorité ou à l'opposition...
Le PLU ? A quoi servira donc un PLU qui reprendra nécessairement dans 2 ans (en 2012) toutes les modifications (souvent importantes) qu'on aura fait subir à l'avance au POS qu'il doit remplacer (et dont il sera dès lors, dans l'ensemble, une copie conforme, défauts compris). L'avalanche de modifications et de « révisions simplifiées » qu'on a subies ces derniers mois vide de tout sens cet exercice qui, par principe, se devait d'être global et prévisionnel.
Les « visions de Caen en 2030 » (ou en 2050) de MM. LE COUTOUR, DURON et GEINDRE, ou celles des architectes chic (et surtout célèbres) que ce dernier rameute dans notre bonne ville, ne sauraient tenir lieu du travail concret, sérieux, modeste et ingrat qu'il faut faire pour aboutir à un document d'urbanisme solide et durable. Un travail qu'il faut faire avec les habitants, pas contre eux.
Objectif: ignorer toute critique ?
Les décisions sont donc prises (projet de ville, modifications et révisions du POS) quand on daigne en parler aux conseillers de quartier. Les objections de ces derniers ne sont bien entendu pas prises en compte (exemple du Clos Joli). Et maintenant, après avoir d'abord tout décidé, puis « consulté » après coup (pour la forme ?), on proposerait auxdits conseillers des « formations » ? Formations ou formatage ?
Ne tenant aucun compte de leur avis, veut-on encore obtenir d'eux qu'ils avouent leur insondable ignorance, et adoptent le credo de leurs géniaux « formateurs », qu'on choisira n'en doutons pas parmi les meilleurs disciples de M. Gilles GUERIN, discret inspirateur de ce qui se fait à Caen en matière d'urbanisme depuis plus de 20 ans ?
La « démocratie participative », ce n'est pas qu'un sujet de discours... Il y faut de l'esprit de suite (les promesses de campagne ne peuvent pas être que du vent), de la volonté, de la patience... et du respect pour ses administrés.
http://www.ville-caen.fr/infos_mairie/democratieProximite...
Curieusement, on ne dispose pas du compte-rendu de la réunion du 25 juin du conseil de quartier n° 3:
http://www.ville-caen.fr/infos_mairie/democratieProximite...
Pour le dossier des révisions simplifiées, voir:
http://www.ville-caen.fr/infos_mairie/servicesMunicipaux/...
23:54 Publié dans affaires municipales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : conseils de quartier à caen, le clos joli, xavier le coutour, gilles guerin, luc duncombe, philippe duron, françois geindre
samedi, 10 octobre 2009
Du prix qu'il convient d'accorder au respect des procédures en matière d'urbanisme...
Ifs I were a rich man...,
fable à 1,2 millions d'euros.
Dans un article paru dans Ouest-France le 23 septembre, Jean-Pierre BEUVE relate la mésaventure de la commune d'Ifs, condamnée fin août dernier par le Tribunal de Grande Instance de Caen (TGI) à verser 1,2 million d'euros à l'ancien propriétaire de 5,7 hectares de terres agricoles, exproprié dans les années 90 (moyennant une indemnité de 225.000 euros, environ 25 F de l'époque le m²), dans le cadre d'une opération d'aménagement (ZAC du Hoguet).
La ZAC du Hoguet, du projet à la réalisation...
Il s'agissait, toujours selon Jean-Pierre BEUVE (car je ne connais pas personnellement le montage de ce dossier), de réaliser, sur les 3 zones différenciées de cette ZAC, d'un côté des logements et de l'autre le fameux Campus 3 (IUT, restaurant universitaire, bibliothèque, etc.).
C'était là indéniablement un projet d'intérêt général, justifiant la déclaration d'utilité publique (DUP) et l'expropriation qui s'ensuit, quand le ou les propriétaires ne consentent pas à céder leurs terrains à l'amiable, pour un prix généralement peu attrayant.
Mais la contrepartie que prévoit la loi à cette entorse au droit de propriété, c'est que la collectivité bénéficiant de la DUP doit impérativement aménager les terrains expropriés comme défini dans le projet d'intérêt général ayant justifié l'expropriation...
Une partie des terrains cédés à un promoteur...
...Pas question normalement d'utiliser ces procédures contraignantes à d'autres fins (même partiellement) que celles prévues. C'est pourtant une tentation qu'ont parfois les élus (ou les techniciens à leur service), à Ifs comme ailleurs. Le pari qu'ils font alors est sans doute qu'il y a loin (une bonne décennie parfois) du projet à l'aménagement concret, que la rancoeur des victimes de ces manoeuvres s'émousse avec le temps, et que les longueurs et les aléas d'un procès les effraie le plus souvent.
Une partie des terrains expropriés a donc finalement été cédée par la commune à un promoteur privé, pas pour construire des établissements d'enseignement ou de formation, bien sûr, mais pour les lotir, et les revendre avec une confortable plus-value, en plein boom de l'immobilier (qui commence vers 1998, comme chacun sait).
1,2 million d'euros à payer par le contribuable...
Mais l'ancien propriétaire ne l'entendait pas de cette oreille, et réclama en 2004 la rétrocession de ses terrains, comme il en avait le droit, puisque la procédure avait manifestement été détournée. Il obtient aujourd'hui du Tribunal 680.000 euros d'indemnités, plus 235.000 euros pour défaut de jouissance, sans compter l'indemnisation de ses nombreux frais qui atteindraient... 285.000 euros (!), puisque Ouest-France chiffre à 1,2 millions l'ensemble des sommes qui lui sont allouées...
Cela ne fait après tout que 905.000 euros les 4,7 ha de terrain à bâtir (225.000 + 680.000), soit 19,25 euros le m² avant tous travaux, y compris les futurs espaces publics (voirie, etc.). Un prix somme toute raisonnable quand on le compare aux prix auxquels culmine aujourd'hui le terrain à bâtir autour de Caen (jusqu'à 120 euros le m² entre Caen et la côte!).
Défauts des gestions opaques...
Ifs a été longtemps le paradis des pavillonneurs, avec ses vagues successives de lotissements montant au fil des décennies à l'assaut de la plaine. Ce n'est peut-être pas pour rien que son maire fut, jusqu'en 2001, un certain Jean MOULIN, constructeur de maisons individuelles (et conseiller général PS). Son premier adjoint Raymond SLAMA (de même teinte) prit sa succession de 2001 à 2008, et reste le conseiller général du canton, après s'être fait évincer de son siège de maire par la liste IDEES en mars 2008.
Jean-Paul GAUCHARD, le nouveau maire, déclare à Ouest-France que « Les précédentes équipes municipales étaient de longue date informées de la situation », mais qu'elles « n'ont pas suivi le procès avec l'attention nécessaire », et que, d'autre part, « elles n'ont provisionné aucune somme en cas de victoire du propriétaire ».
Faut-il comprendre par là que le secret était bien gardé, et que, pour l'essentiel, les nouveaux arrivants n'ont découvert l'étendue du désastre qu'après leur prise de fonction ? Pour leurs prédécesseurs, il était sans doute inutile d'ameuter les Ifois et Ifoises par d'indiscrètes lignes de provisions inscrites au budget.
Quant au suivi des procès dans lesquels une commune est partie, il est souvent réservé au maire (et/ou ses proches collaborateurs) par une imprudente délibération de début de mandat. Le conseil municipal et les citoyens sont ainsi couramment privés de toute information sur le déroulement de telles affaires... jusqu'à leur dénouement. Et cette opacité n'est pas une spécialité propre au fonctionnement de la municipalité d'Ifs...
Privatisation des profits, socialisation des coûts...
Reste que si le promoteur (auquel la commune a cédé des terrains en principe destinés à un autre usage) a sans doute fait de bonnes affaires (ce n'est pas là encore une spécialité locale), c'est en fait le contribuable ifois qui va finalement payer pour les profits qu'il a réalisés. Un détournement de procédure, cela peut décidément coûter très cher... à ceux qui n'y sont pour rien
Que c'est beau l'économie dite libérale, quelle que soit la couleur des oripeaux dont on l'affuble ! Souvenons-nous en effet des terrains municipaux naguère bradés aux promoteurs dans les ZAC de Caen (Gardin, Beaulieu, etc.), aux motifs (assurément pertinents) qu'ils étaient situés le long d'un axe bruyant (boulevard Pompidou), ou que le projet nécessitait le creusement d'un (coûteux) parking souterrain (la résidence Gardin de M. Roger WEBRE)...
Pour finir, je ne suis pas sûr que la commune d'Ifs ait intérêt à faire appel du jugement qui la condamne à payer ces 1,2 millions d'euros. Cette mésaventure pourrait par contre être l'occasion de faire un peu de ménage...
Lien vers l'article de Ouest-France dont il est question ci-dessus:
http://www.caen.maville.com/actu/actudet_-1-2-million-pou...
En prime un petit rapport de 2004 de la Chambre Régionale des Comptes de Basse-Normandie (15 pages bien intéressantes), relatif à la gestion de la commune d'Ifs de 1996 à 2002, dans lequel il est notamment question de la ZAC du Hoguet, du rôle éminent qu'a eu dans sa réalisation la Sté STIM Ouest (BOUYGUES), et des questions qui se posaient déjà en 2004:
http://www.ccomptes.fr/fr/CRC04/documents/ROD/BNR200415.pdf
23:39 Publié dans Urbanisme et logement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ifs, zac du hoguet, jean moulin, raymond slama, stim ouest, bouygues
lundi, 05 octobre 2009
Quand XLC, alors dans l'opposition, exhortait Brigitte LE BRETHON à faire preuve de persévérance et de pugnacité...
Faut jamais rien laisser traîner...
(Tournesols, troisième épisode)
A chacun ses défauts. Je ne jette rien. Ou si peu. Dans ce dossier vieux de 4 ans des Tournesols (permis de construire finalement accordé le 21 avril 2009 à la Sarl VAN GOGH 1 de M. Eric BLANDIN, pour la construction de 2 immeubles sur une bande de terrain de 12 mètres de largeur entre la rue Lucien Nelle et la sente de Cheux, à Venoix), j'ai donc retrouvé un document qui me paraît digne d'être publié...
Tournesols XLC à BLB 28 juillet 2006.pdf
Envoi de fleurs (tournesols carnivores)...
Il s'agit (comme on le constatera d'un simple « clic » sur le lien ci-dessus) d'un courrier (en date du 28 juillet 2006) du conseiller municipal d'opposition Xavier LE COUTOUR au maire d'alors, Mme Brigitte LE BRETHON.
Il lui dit qu'il soutient la position qu'elle a défendue face à la Sarl VAN GOGH 1 devant le Tribunal Administratif (justifiant donc le refus de permis opposé à cette Sarl), mais qu'il s'insurge contre son intention (exprimée dans une lettre datée du 24 juillet) de renoncer à faire appel du jugement du TA défavorable à la ville.
Notons d'abord la remarquable réactivité de Xavier LE COUTOUR à cette époque, il est vrai antérieure aux élections municipales du printemps 2008. Quatre jours seulement lui suffisent alors pour réagir.
Notons encore que l'équipe de Brigitte LE BRETHON, malgré cette alerte (un simple épisode dépressif, sans doute), continuera à défendre ses décisions devant le TA de Caen et la CAA (Cours d'Appel Administrative) de Nantes, et opposera même à la Sarl VAN GOGH 1 deux nouveaux refus de permis. On ignore si ce sont les exhortations de Xavier LE COUTOUR qui ont décidé le maire à poursuivre dans la voie dans laquelle elle s'était engagée...
Fut-elle piquée d'avoir été prise en défaut de « pugnacité » par celui qui disait avoir éprouvé cette « pugnacité » ... « dans d'autres affaires immobilières (cf. quartier Lorge) » ?
Petite digression à propos du devenir du quartier Lorge
A propos de cette affaire d'abandon d'une bonne moitié des droits de la commune au ministère de la Défense (voir par ailleurs sur ce blog), je tiens à préciser que la « pugnacité » de Xavier LE COUTOUR n'est pas allée au-delà d'un recours devant le TA préparé par mes soins (que j'avais prudemment doublé d'un recours personnel, en ma qualité de contribuable caennais, et je m'en félicite aujourd'hui).
En effet, si la délibération du 20 novembre 2000 du conseil municipal de Caen a été définitivement annulée, par un Arrêt de la CAA du 28 juin 2005 (annulant par la même occasion le jugement du 23 octobre 2001 du Tribunal Administratif de Caen), ce n'est pas à la persévérance ou à la pugnacité de Xavier LE COUTOUR qu'on le doit.
Mais puisque l'occasion m'en est ici donnée, je veux bien lui offrir la possibilité de se racheter de son attitude timorée, en montrant que, bien que n'ayant pas fait appel du jugement du 23 octobre 2001, il pourrait avoir dans cette affaire un peu de suite dans les idées... et faire en sorte que toutes les conséquences soient tirées de l'Arrêt de la CAA du 28 juin 2005.
Une décision de justice à faire respecter
La commune n'a en effet toujours pas récupéré ses droits sur la caserne Lorge (ex-Couvent de la Visitation), vaste domaine en plein coeur de notre ville (quelques photos sur l'album ci-contre).
Ce n'est pas faute, de ma part, de m'être un peu démené (voir ci-après le texte d'une lettre adressée le 9 octobre 2005 à Mme Brigitte LE BRETHON, ou la réponse de celle-ci, du 28 janvier 2008, à un courrier de Xavier LE COUTOUR).
LORGE BH à BLB 9 octobre 2005.pdf
LORGE - BLB à XLC 28 janvier 2008.pdf
Bien entendu, je n'ai pas quant à moi obtenu de réponse de Brigitte LE BRETHON, et je n'ai pas d'autres informations sur ce dossier de la part des membres de l'équipe DURON...
Preuves de pugnacité et de persévérance, sans doute...
« je vous demande avec force de persévérer... »
Mais revenons à nos Tournesols, et à la lettre du 28 juillet 2006. Pour finir, Xavier LE COUTOUR y exhorte Brigitte LE BRETHON à retrouver sa légendaire pugnacité, en lui demandant « avec force de persévérer dans la défense du quartier contre ce projet... ».
De l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace ! Aux armes, Citoyens à Caen ! Tels l'Incorruptible, soyons radicaux et inflexibles...
Las ! Dix-huit mois de gestion pépère et feutrée ont eu raison du fauve. La bête assoupie s'est bien volontiers laissé limer les crocs, et la domestication a produit tous ses effets. La peau de l'ours ferait une superbe descente de lit, si l'animal n'arborait une belle croix rouge. On ne tire pas sur les ambulances...
19:39 Publié dans Le feuilleton des Tournesols | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : projet tournesols à venoix, m. eric blandin, sarl van gogh 1, résidence mme de sévigné, résidence roncevaux, sente de cheux, rue lucien nelle, xavier le coutour, brigitte le brethon, quartier lorge
dimanche, 04 octobre 2009
Où l'on apprend comment Xavier LE COUTOUR entend démontrer la légalité d'un permis de construire qu'il a contesté quand il était dans l'opposition...
Coup de canif dans le sac de noeuds
(Tournesols, deuxième épisode)
Je vous avais promis un feuilleton pour ce projet Tournesols de la Sarl Van Gogh 1 (gérant M. Eric Blandin), sur une étroite bande de terrain appartenant à la Sarl Pierre (terrain de 12 mètres de large au mieux pour une longueur d'environ 118 mètres, entre la sente de Cheux et la rue Lucien Nelle, au beau milieu des espaces verts de 3 résidences, Mme de Ségur d'un côté, Vikings et Roncevaux de l'autre).
Un feuilleton, c'est un bref épisode à chaque numéro d'un journal, mais ceci n'est pas un journal. Je vous donne des nouvelles quand je veux. Quand je peux, quand j'ai le temps, quand j'en ai envie. Or on a le temps. Encore quatre bonnes années, pour décortiquer ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, des promesses de campagne aux retournements de veste, des projets mirifiques aux banales réalisations lucratives du privé, des discours des stars de l'architecture aux modestes partitions locales... Mais après tout, côté courrier des lecteurs, ce n'est pas, chers lecteurs, vraiment brillant non plus...
Huiles de tournesols,
et autres plantes à faire du blé...
Mais brisons là, et passons au second épisode de notre nouveau grand feuilleton, puisque Fernando de Tourville semble s'être évanoui dans la nature, lui et les siens, notaire compris... Ce même Fernando qui avait su obtenir de M. Eric Blandin le droit d'installer sur son étroit terrain une partie de ses baraques de chantier, le temps de construire les « Hauts de Venoix » pour le compte de la Sarl BSI (Best Services Investissements, tout un programme), l'une des sociétés rochelaises de M. Philippe CLEMENCIN. Une autre de celles-ci étant la Sarl « Les Jardins de Notre-Dame », en liquidation judiciaire, au service de laquelle M. Fernando de ALMEIDA GOMES avait également exercé ses talents, à Douvres la Délivrande cette fois. Encore un chantier qui a laissé quelques souvenirs à pas mal de gens, à Douvres, à Caen et ailleurs...
Lettre d'Hastings Saint Nicolas au maire de Caen
Je vous l'avais indiqué dans la première livraison de ce feuilleton, l'association Hastings Saint Nicolas (dont l'unique raison d'être est la défense et la promotion d'un urbanisme de qualité sur Caen et son agglomération) n'avait pas l'intention de laisser faire ce projet grotesque des Tournesols, et d'abandonner à leur triste sort les résidents des copropriétés alentour, lâchés par les amis de Philippe DURON, au nom duquel ce permis a été délivré par Xavier Le Coutour (grand pourfendeur de ce projet aux temps de la pêche aux voix).
L'association Hastings Saint Nicolas a donc envoyé au maire de Caen une belle lettre, dont on ouvrira au besoin une copie en cliquant sur le lien ci-dessous (mais on n'est pas obligé...). Plusieurs dizaines de résidents des copropriétés (Mme de Ségur, Vikings et Roncevaux, environ 75 paraît-il) ont même cru utile de s'associer à cette démarche, en envoyant au maire un courrier s'inspirant de ce texte.
Dans sa lettre (on appelle ça un recours gracieux), l'association explique au maire et aux siens pourquoi ce permis est illégal, chose dont ceux-ci pouvaient se douter puisqu'ils font aujourd'hui une confiance aveugle aux techniciens qui ont fidèlement servi leurs prédécesseurs... mais aussi par trois fois opposé un refus à cette demande de permis de M. BLANDIN...
lettre au maire du 15-06-2009 gracieux Van Gogh.pdf
Réponse de l'hébergé à l'hébergeur...
Les locataires de l'Abbaye aux Hommes, ainsi convaincus de ne pas occuper les lieux en « bons pères de famille », comme stipulé au bail de 6 ans réglementaire consenti par leurs bailleurs (également appelés électeurs, qu'ils aient ou non voté DURON), ont insolemment répondu que le permis délivré était parfaitement légal. On lira la réponse de Xavier Le Coutour en tirant sur la chevillette astucieusement disposée ci-après (on est prié d'ouvrir cette fois, c'est de la littérature officielle, et il n'y en a que 4 pages, pas trop compactes). Pour les plus paresseux d'entre vous, je vais tenter brièvement de vous expliquer de quoi il retourne...
Réponse Mairie Gracieux Tournesols.doc
C'est pas not'faute, m'sieu !
Dans cette lettre du 29 juillet (mais postée le 3 août) Xavier Le Coutour, auquel j'ai loyalement et fidèlement servi de boutefeu pendant une bonne dizaine d'années (je suis longtemps resté un grand naïf), me donne du Monsieur le Président. C'est amusant. C'est vrai qu'il est aux abonnés absents depuis juin 2008, et ne répond plus depuis aux lettres, courriels, etc. Il s'est fait d'autres copains. Mais passons...
Car ce qui est intéressant, c'est la raison pour laquelle XLC (vous aurez compris) dit que le permis litigieux a été accordé. Cela commence par le rappel des 3 refus de permis, puis: « Le Tribunal Administratif de Caen a en dernier lieu, par jugement du 27 mars 2009, enjoint le Maire de Caen de délivrer, dans un délai d'un mois, le permis de construire sollicité par la SARL VAN GOGH 1, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ».
Je ne suis pas assez fin juriste pour vous confirmer si une juridiction administrative peut valablement enjoindre à une commune de délivrer un permis de construire (et, notez-le, pas seulement de « statuer à nouveau sur sa demande », comme exposé dans le visa de la requête, à la première page du jugement du 27 mars 2009), quand il appert que le dossier de la demande est, depuis 4 ans, entaché d'une grave insuffisance que personne ne semble avoir relevée jusqu'alors...
Nid de coucou...
L'association Hastings Saint Nicolas avait en effet souligné que le formulaire de demande de permis était vierge de toute mention à la rubrique 2, où doivent être indiqués les nom et adresse du propriétaire du terrain, quand le pétitionnaire ne l'est pas... Et il ne l'était pas en juillet 2005, pas plus qu'en avril 2009... Il le savait, par contre (cela va de soi), et cette omission avait ainsi, manifestement, un caractère tant soit peu intentionnel. Or cette omission révèle au moins la volonté de cacher au service instructeur des éléments dont il doit tenir compte, et fait du permis accordé une autorisation obtenue par fraude, et dès lors nulle...
L'article R.421-1-1 du code de l'urbanisme, dans ses dispositions applicables en 2005 comme dans celles applicables en 2009, ne permet pas en effet qu'on ponde un projet dans le nid du voisin, sans son autorisation expresse...
Permis modificatif... complémentaire.
Qu'à cela ne tienne, le 29 juillet (notez bien la date, c'est aussi celle de la réponse de Xavier Le Coutour, préparée par M. Jérémie JAMES... et peut-être aussi M. Gilles GUERIN), la Sarl Van Gogh 1 « a déposé une demande de permis modificatif » et « justifie qu'elle disposait, à la date du dépôt de la demande de permis (...) d'un titre l'habilitant à construire sur le terrain situé 17 rue Lucien Nelle ».
Coincidence, sans doute. Mais fort opportune. Car selon le juriste de service (M. Jérémie JAMES), la production tardive de ce « titre » ferait échec à l'illégalité alléguée par l'association d'une autorisation délivrée 3 mois plus tôt, sans droit ni « titre »...
Je ne crois pas à cette fable de la régularisation à coup de permis modificatif, et tient pour certain que le permis initial (du 21 avril 2009) doit être annulé, ce qui entraîne ipso facto l'annulation du modificatif.
Dès lors, M. BLANDIN devrait déposer une nouvelle demande de permis de construire (cette fois complète), qui pourrait lui être refusé pour un motif fondé (faisons confiance à la fertile imagination de MM. Jérémie JAMES et Gilles GUERIN), sans risque d'avoir à débourser « 150 euros par jour de retard »... Non, non, ne me remerciez pas...
L'art de l'esquive, ou...
Mise à part l'évocation de ce bricolage mesquin, la lettre de Xavier Le Coutour fait aussi preuve d'un art de l'esquive qui n'abusera que ceux qui veulent bien l'être.
Car l'association Hastings Saint Nicolas avait ensuite analysé avec précision le contenu des articles 5 de différentes zones du POS (UA, UB, UF, NA, ND, mais aussi UC et UE), et montré que la mention « Néant » portée à l'article UD5 (« Caractéristiques des terrains »), applicable au terrain d'assiette du permis litigieux, mettait en évidence la grossière erreur d'appréciation dont cet article est entaché (puisqu'il n'exige aucune superficie minimale, ni une configuration raisonnablement constructible, et permet ainsi toutes sortes d'aberrations, comme le démontre le permis de la Sarl Van Gogh 1).
L'association en tirait logiquement la conclusion que le permis délivré était illégal, en raison de l'illégalité de cette disposition du POS, soulevée par voie d'exception (il est en effet possible de démontrer l'illégalité d'une autorisation individuelle, un permis de construire par exemple, en se fondant sur l'illégalité de la disposition réglementaire s'appliquant à cette autorisation, même si le réglement lui-même ne peut plus être contesté, passé le délai de recours de 2 mois après sa publication; c'est pour cette raison que l'on parle d'illégalité d'une disposition réglementaire, soulevée par voie d'exception).
Des considérations de ce genre peuvent paraître un peu subtiles au néophyte. Elle ne le sont pourtant pas, et surtout pas pour les spécialistes du droit que la Ville de Caen emploie au sein de sa Direction des ressources juridiques.
... comment répondre à des questions qui ne sont pas posées
(et ne pas répondre à celles qui le sont)
Sauf à croire que Xavier Le Coutour trouve le temps de rédiger lui-même les réponses aux recours gracieux que ses décisions suscitent, ce sont pourtant ces spécialistes (ou ceux du service du droit des sols) qui éludent la question posée (l'illégalité de l'article UD5 soulevée par voie d'exception) en faisant semblant de croire qu'une erreur de droit était en fait alléguée (la réglementation de la configuration et de la surface des terrains constructibles est effectivement une disposition facultative des POS).
Une telle réponse (d'évitement) permettait effectivement d'éluder l'examen des questions qui fâchent... et avaient à l'évidence motivé (sans bien sûr en faire état) les 3 refus de permis précédemment opposés à la Sarl Van Gogh 1.
Car ce dont sont conscients (sans l'avouer publiquement) élus et techniciens, c'est que ce sont les dispositions combinées des articles UD5 et UD7, inadéquates ainsi qu'abusivement laxistes et généreuses (et dès lors entachées d'une grossière erreur d'appréciation) qui rendent possible les prétentions aberrantes de la Sarl Van Gogh 1.
Ils ne peuvent certes pas plaider coupables (reconnaître les graves insuffisances du règlement qu'ils ont eux-mêmes élaboré -ou laissé en l'état, en toute irresponsabilité-, et qu'ils sont chargés d'appliquer). Mais ils ne peuvent pas non plus s'en tirer par des pirouettes, d'autant qu'ils savent comme moi qu'un précédent permis de construire (rue des Carrières de Vaucelles), heureusement rapporté après une longue bataille juridique, faisait usage des mêmes dispositions avec les mêmes conséquences aberrantes. Là encore, Xavier Le Coutour, alors dans l'opposition, apportait son soutien aux voisins du projet...
Je n'en mettrai pas plus long aujourd'hui, en attendant les épisodes suivants. Vous disposez après tout des pièces du dossier. A vous de vous faire une opinion, sans qu'on vous tienne la main...
22:36 Publié dans Le feuilleton des Tournesols | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : projet tournesols à venoix, m. eric blandin, sarl van gogh 1, sarl pierre, résidence mme de sévigné, résidence roncevaux, résidence les vikings, sente de cheux, rue lucien nelle, sarl hauts de venoix, sarl bsi (best services investissements), m. philippe clemencin, les jardins de notre-dame à douvres






