dimanche, 25 octobre 2009
Piet Hein, poète danois et touche-à-tout aux multiples talents...
Jeg er s'gu min egen
Pour des raisons diverses sur lesquelles je ne m'attarderai pas ici, il y a longtemps que je voulais vous parler d'un personnage aussi singulier et attachant que peu connu en France, le danois Piet HEIN (1905-1996), tout à la fois poète, artiste, designer, inventeur, philosophe, scientifique, et, en tant qu'intellectuel, militant antifasciste des années 30.
Si je ne l'ai pas fait plus tôt, c'est qu'il n'était à l'évidence guère facile (même en se limitant au poète) de vous proposer des textes écrits dans une langue parlée par seulement quelques petits millions d'individus dans ce vaste monde, et qu'il n'est pas question pour moi de vous en proposer des traductions de mon cru (il n'est apparemment pas traduit en français), sauf à risquer au mieux un mot à mot bien incapable de rendre les effets et la concision de l'original.
Comme bon nombre d'auteurs danois, qui publient en anglais pour des raisons évidentes (Karen BLIXEN en étant l'exemple le plus connu), il a lui-même rédigé une version anglaise de ses « grooks », petits poèmes très brefs (« gruk » en danois, probable mot-valise issu de l'amalgame entre « grin » -rigoler- et « suk » -soupirer-). Les amateurs peuvent s'en procurer plusieurs recueils sur internet (en anglais ou en danois, au choix).
Mais passons sans tarder au premier des textes que je veux vous proposer, aux allures de comptine. Pas si puérile que cela cependant, quand on sait que bon nombre de ces textes ont été publié dans le journal Politiken (sous un pseudonyme, mais quand même), dans un pays sous occupation nazie entre 1940 et 1945.
Chat perdu sans collier
Il s'agit d'un jeune chat qu'on croise, et qu'on croit perdu sans doute. Mais quand on lui demande qui est son maître (à qui il est), il répond indigné, et avec un juron (« s'gu », c'est à dire quelque chose comme « nom de dieu »), qu'il n'a d'autre maître que lui-même. Peut-être même ni dieu ni maître. J'aime bien ce chat, il va sans dire.
Pelouse interdite
Voilà maintenant une sauterelle sur un galet (le Danemark est pays de moraines) qui pleure comme rarement on vit quelqu'un pleurer. Au prix d'efforts surhumains (je sais, c'est une sauterelle, et il serait plus fidèle à l'original de dire « au prix de grandes difficultés »), elle a acquis les rudiments de la lecture. Elle s'est alors mise en quête de quelque écrit à déchiffrer, et le premier texte qui lui est tombé sous les yeux, c'est une pancarte « Pelouse interdite »...
Den bedrøvede græshoppe
En græshoppe sad på en lille flad sten
og græd som det sjældent grædes
den havde møjsommeligt lært ABC
og så fået en tekst, og det var jo en
ved at græsset må ikke betrædes.
Versions anglaises...
Deux autres petits textes, en anglais cette fois (je connais la version danoise du premier, dit par Piet HEIN lui-même sur un 33 tours 25 cm édité par RCA, collection Louisiana Gyldendal grammofonplader, et je vous en aurais volontiers proposé un extrait, si réaliser cet innocent piratage n'était pas au dessus de mes forces... j'en profite pour signaler que tout coup de main bénévole est le bienvenu). Pour la compréhension de ces deux textes, vous vous débrouillerez. Faut vous mettre aux langues étrangères, c'est notre président qui le dit...
CONSOLATION GROOK
Losing one glove
is certainly painful,
but nothing
compared to the pain,
of losing one,
throwing away the other,
and finding
the first one again.
DREAM INTERPRETATION
Simplified
Everything's either
concave or -vex,
so whatever you dream
will be something with sex.
Husk at leve mens du gør det...
Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures (les plus efficaces), c'est bien connu. Mais il arrive que le sujet réclame de plus longs développements. C'est le cas avec les deux derniers textes qui suivent, extraits de « Husk at leve » (« N'oublie pas de vivre », Borgens Billigbøger, 1965).
Ordet er devalueret
Ordet er devalueret.
Kunsten er blevet en kunst.
Den som kan tale og ingenting sige
er sikker på folkegunst.
Fraser og flovser, klicheer, jargon'er,
skåler og halv besked
skaber en skuffende billig syntetisk
erstatning for virkelighed.
Radio - det er jo ikke kunst.
Radio det er teknik.
Målet er ikke at tjene et emne
men at benytte et trik.
Vist skal vi vise folk virkeligheden,
men først må vi lyve den sammen.
Underholdning og harmløshed
skal fylde din livsdag. Amen
Og så kan der komme en stille ung mand
med noget enkelt og sært.
Han spør ikke, om det er kunst eller ej.
Men han véd, det er stort og svært.
Han har taget de lyriske snabelsko af,
for han står på et vanhelligt sted.
Hans kunst er: at ikke gå udenom,
men få vanskelighederne med.
Og så viser det sig, at et ærligt sind
er en rolle man ikke kan spille.
Og så viser det sig, at dét folk forstår,
er det man sir ganske stille.
Og så viser det sig, hvad al uægte kunst
vrider sig for at benægte:
at den eneste vej til at virke ægte
det er at være ægte.
Je vous propose ci-dessous une ébauche de traduction de ce texte (écrit il y a plus de quarante ans !), dont l'intérêt principal me paraît être la dénonciation du mensonge médiatique si courant aujourd'hui...
L'inflation verbale
Les mots ne valent plus un clou.
L'art est devenu un truc.
Celui qui sait parler pour ne rien dire
est sûr d'obtenir la faveur des foules.
Phrases toutes faites, platitudes, clichés,
jargon, toasts et verbiage
nous offrent à bon marché de la réalité
un ersatz trompeur et décevant.
La radio? ce n'est pas de l'art.
La radio c'est de la technique.
Son but n'est pas d'approfondir un sujet
mais d'utiliser un truc.
Sans doute devons nous montrer aux gens la réalité,
mais il nous faut d'abord la ficeler en un gros mensonge.
Divertissement et inoffensives banalités
seront ton lot. Ainsi soit-il.
Et voilà qu'arrive un jeune homme taiseux
avec quelque chose en lui de particulier, d'étrange.
Il ne se demande pas si c'est de l'art ou non.
Mais il sait que c'est important et difficile.
Il a jeté aux orties les cothurnes, et tout l'attirail ronflant du lyrisme,
car il se tient en un lieu profane.
Son art consiste à ne rien éluder,
à prendre en charge les difficultés.
Et voilà qu'il apparaît que le meilleur comédien
ne peut pas singer la sincérité.
Et voilà qu'il apparaît que cela même que les gens comprennent,
c'est ce que l'on dit posément.
Et voilà qu'apparaît ce que tout art inauthentique
à grand renfort de contorsions s'acharne à nier:
que la seule façon de faire vrai
c'est d'être vrai.
Pourquoi ont-ils brûlé Giordano Bruno ?
Il est souvent risqué de crier que le roi est nu, que Bongo est le fils de son père (ou Jean le fils de Nicolas), n'en déplaise à H-C Andersen et aux monarques bonhommes de ses contes. Brûler les livres (et leurs auteurs le cas échéant) se pratiquait couramment du temps de l'inquisition, du temps d'un petit peintre viennois prénommé Adolf, et aujourd'hui encore... Il y a quatre siècles, Giordano Bruno fut brûlé à Rome pour avoir refusé de se rétracter (ses thèses ne portaient pas seulement sur la conception d'un univers infini, au-delà des conceptions coperniciennes, mais aussi sur quelques questions alors au moins aussi sensibles, comme la virginité de Marie ou la question de la trinité).
Je ne vous donnerai cette fois d'indications que pour la compréhension des passages essentiels de ce dernier poème:
Pourquoi ont-ils brûlé Giordano Bruno ? Parce que l'ouverture d'esprit est dangereuse. Parce que la puissance spirituelle de la parole est une arme. Parce que l'indépendance est une force... Parce qu'une pensée libre brise toutes les chaînes... Voilà pourquoi ils ont brûlé Giordano Bruno. Parce que l'homme est plus grand que les geôles où on le fait croupir, que les armes qu'on tourne contre lui, que les puissances qui s'échinent impuissantes contre la pensée de Giordano Bruno. Voilà pourquoi ils sont morts, et pas lui.
Hvorfor brændte de Giordano Bruno ?
Fordi sindets åbenhed er farlig.
Fordi ordets åndskraft er et våben.
Fordi livets frihed er en magt.
Fordi livets frihed er den magt
imod hvilken voldsmagt er forgæves.
Fordi ordets åndskraft er vort våben
mod inkvisitionens herredømme.
Fordi sindets åbenhed er farlig
for enhver som lever på dets trældom.
Fordi Aristoteler kan styrtes,
og Copernici udvide verden.
Fordi menneskenes lange vandring
imod ny mangfoldighed og fylde,
ledet af den ydmygt åbne tanke,
sprænger alle slaveriers bånd.
Derfor brændte de Giodano Bruno.
Derfor, - Fordi mennesket er større
end de kamre, som det kues ned i,
end de våben, som man vender mod det,
end de magter, som så magtesløse
tårnes mod Giordano Brunos tanke.
Derfor lever ikke de, men han.
Le dernier mot
Le dernier mot (trouvé je ne sais plus où sur internet), on le laissera à Piet HEIN:
« After all, what is art? Art is the creative process and it goes through all fields. Einstein's theory of relativity - now that is a work of art! Einstein was more of an artist in physics than on his violin. Art is this: art is the solution of a problem which cannot be expressed explicitly until it is solved. »
Plus d'infos (entre autres):
http://fr.wikipedia.org/wiki/Grook
http://chat.carleton.ca/~tcstewar/grooks/grooks.html
http://www.villastabbia.it/Eng/Piet-Hein-Villa-Stabbia.htm
N'oublions pas l'inventeur de jeux (Hex en 1942) et de casse-tête (Soma-Cube en 1936):
http://jeuxsoc.fr/?principal=/jeu/hex__
Infos en danois, pour ceux qui le lisent :
http://www.denstoredanske.dk/Kunst_og_kultur/Litteratur/D...
http://www.denstoredanske.dk/Danmarks_geografi_og_historie/Danmarks_historie/Danmark_1849-1945/Frisindet_Kulturkamp
Intéressant article sur le « Frisindet Kulturkamp » (et le rôle de Piet HEIN en son sein en mars 1940) dans le Leksikon for det 21. århundrede (« Det er altid sejrherrerne, der skriver historien »)
http://www.leksikon.org/art.php?n=1483
(NB: 3 des liens ci-dessus ne fonctionnent pas; pour accéder aux sites ciblés, il faut donc copier / coller le lien dans la barre du moteur de recherche)
20:09 Publié dans Du bonheur dans les épinards... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : piet hein poète danois, husk at leve mens du gør det, husk at elske mens du tør det, giordano bruno
lundi, 24 août 2009
Miel de Caen...
Les abeilles du Bourg-l'Abbesse
Sic tua Cyrneas fugiant exmina taxos...
Oh ! puissent tes essaims éviter l'if de Corse...
(Les Bucoliques de Virgile, traduction de Paul Valéry,
Oeuvres Tome 1, Ed. de la Pléiade, p. 274-275)
Le marché du dimanche, place Courtonne, est une de ces fêtes populaires spontanées telles que ne pourraient rêver d'en organiser ceux qui ont reçu mandat de gérer, au nom de leurs concitoyens, la banalité du quotidien, et ce qui permet d'en oublier un moment la dureté. Il n'est plus sûr moyen, en effet, de s'assurer aujourd'hui une existence politique, que par l'invention d'une fête. La Fête de la Musique et la carrière de son promoteur en sont un bel exemple. La recette n'est pas nouvelle (« Du pain et des jeux »), mais l'exercice n'est pas sans risque. Rendez-vous pour en juger à la Fête du Port, rebaptisée Fête de la Presqu'île, les 12 et 13 septembre prochains...
Des ruches rue Manissier...
Mais revenons place Courtonne, sous le beau soleil de ce dimanche 23 août. On trouve de tout sur ce marché, mieux qu'à la Samaritaine, ce qui en fait aussi la grande surface commerciale la mieux achalandée de l'agglomération, la plus vivante et la plus colorée.
On y trouve de tout, vous dis-je, y compris les produits les plus inattendus, comme ce miel récolté à deux pas de là, rue Manissier, cette rue fort pentue qui mène à l'Abbaye aux Dames, et dessine la barre oblique du Z dont la rue Basse et la rue Haute forment respectivement la base et le sommet.
Proscrire Taxus cyrneus, et autres toxiques...
Un apiculteur au coeur de notre ville ? En voilà une bonne nouvelle... Les abeilles aident à la pollinisation des arbres fruitiers, de la végétation en général, et des fleurs des maisons alentours, ce dont les riverains ne peuvent (gratuitement) que tirer avantage. Car si on considère habituellement que les abeilles prélèvent leur précieux butin sur une zone de butinage de 5 km, elles n'iront pas chercher ailleurs ce qu'elles trouvent à proximité. Mais en contrepartie du travail gratuitement fourni, il faudra aussi demander au jardinier amateur (comme aux services municipaux des espaces verts) de proscrire absolument l'usage de tous produits chimiques de traitement. Car un pesticide déposé sur un rosier migre aussi sur les arbres et arbustes voisins, sur la végétation en général, et il risque alors d'empoisonner les travailleuses bénévoles de l'environnement (on en retrouvera aussi des traces dans l'eau). Il existe des produits naturels sans risque sur les abeilles, connus de longue date. On en trouve même, paraît-il, en vente dans les jardineries...
Abeilles des villes...
Les abeilles en zones urbaines ne sont pas une nouveauté: le toit de l'Opéra de Paris en accueille depuis de nombreuses années. A Longjumeau, très symboliquement, trois ruches sont depuis quelques temps installées sur le toit de l'Hôtel de Ville.
Les abeilles ne font courir aucun risque aux populations alentour. Elles ne piquent que si on vandalise leur habitat ou si elles sont en danger. Elles ne sont pas agressives et, à l'inverse des guêpes, ne sont pas non plus attirées par les odeurs sucrées des repas de plein air. On peut en outre prendre la précaution d'installer les ruches le dos aux habitations riveraines, afin que les abeilles, qui prennent leur envol face à l'ouverture de leur ruche, se dirigent en priorité vers les arbres fruitiers et les plantes mellifères de leurs zones de butinage.
Des zones qu'il convient aussi de protéger, soit dit en passant, sans chercher systématiquement à les réduire et à les bétonner, au nom de je ne sais quelle prétendue absence d'opportunités foncières sur le territoire communal...
L'homme aussi a besoin de jardins, publics ou non. Y a-t-il meilleur indicateur de la qualité de son environnement que la présence d'abeilles en ville ? Rappelons qu'« Essaim » se dit en latin « examen » (génitif « examinis »); c'est assez dire que les abeilles se chargent du contrôle de qualité. A l'oeil.
PS : Le miel est excellent, mais il n'y en aura peut-être pas pour tout le monde...
Sur les expériences concluantes menées à Longjumeau, voir le lien vers un document dont je me suis largement inspiré:
http://www.mairie-longjumeau.fr/Developpement-durable/20-...
Par ailleurs, pour ceux que rebute le latin, j'ai trouvé un dédommagement: la vidéo d'une petite chanson, dont la compréhension ne demande pas d'effort intellectuel surhumain, et qui fait bien rire mon petit-fils, qui n'a encore qu'un an (la belle excuse !) ...
18:06 Publié dans Du bonheur dans les épinards... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : abeilles du bourg-l'abbesse, marché du dimanche place courtonne, rue manissier
dimanche, 19 avril 2009
C’était hier et c’est demain: Caron-Ozanne 1975-1976...
un livre + un film
Caron-Ozanne et Lip
au Lux le 30 avril
pour le livre,cliquer sur le lien ci-dessous
Caron-Ozanne,
on occupe, on imprime !
(juin 1975 - mai 1976)
Caen, le jeudi 5 juin 1975, les travailleurs de l’imprimerie Caron-Ozanne décident, par 73 voix contre 30, d’occuper les locaux de l’entreprise pour s’opposer au plan de 48 licenciements (le tiers des effectifs), qui leur a été annoncé le matin même par le directeur.
C’est le début d’une aventure qui va durer onze mois, et ne s’achève que dans la nuit du 19 au 20 mai 1976, par une intervention policière.
Onze mois pendant lesquels patronat et pouvoirs publics jouent le pourrissement de la grève. Mais d’abord onze mois traversés de débats qui traduisent bien le climat de l’époque. Débats de nature syndicale, d’abord, entre une CGT très « courroie de transmission » d’un PCF pas encore revenu d’URSS, et une CFDT régionale très à la gauche de ses propres instances nationales. Et c’est aussi onze mois traversés de débats d’une nature un peu différente, politiques et sociétaux. Questions clairement politiques, qu’on se l’avoue ou qu’on préfère le nier, avec la présence dans ou autour de ce conflit de toutes les forces présentes à l’époque dans la gauche caennaise, des autogestionnaires du PSU aux maos et aux trotskistes de toutes obédiences, des antinucléaires et des écolos aux féministes, de Témoignage Chrétien au Planning Familial... C’est enfin la vie quotidienne dans une entreprise occupée, jour et nuit. La vie des gens, et parfois la fête aussi...
Lire la suite :
Caron-Ozanne, 350 jours d'occupation.doc
Interview (et images vidéo d'époque) :
http://www.dailymotion.com/video/x90ynw_caronozanne_news<...
00:26 Publié dans Du bonheur dans les épinards... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : caron-ozanne, lip
samedi, 29 novembre 2008
Un air populaire…
Folk and Country Music
Qu’est-ce qu’elle a, mais qu’est-ce qu’elle a donc, ma p’tite chanson ?
Ce qui est sûr, c’est qu’on ne l’entend plus guère, depuis longtemps. Plus à la mode. Dommage, car elle me semble d’actualité, par les temps qui courent…
J’en ai trouvé par hasard une version qui me plaît bien, que je vous laisse découvrir…
http://video.aol.com/video-detail/pete-seeger-linternatio...
18:42 Publié dans Du bonheur dans les épinards... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pete seeger, l'internationale
lundi, 10 novembre 2008
Visite à la (petite) patrie du Phénix de l’université de Caen...
L’ancêtre du Phénix
est de plâtre blanc,
au pays du tuffeau...
La consultation de ce blog deviendrait vite insupportable, j’en conviens, s’il n’était possible d’y glisser de temps en temps un petit moment de récréation. Voilà pourquoi je vous invite aujourd’hui dans une (naguère) petite commune du Loir et Cher, aujourd’hui rattrapée par la péri-urbanisation. En route pour Naveil, aux portes de Vendôme (itinéraire recommandé).
Naveil, tout le monde descend...
Pour sacrifier à la sacro-sainte tradition des congés payés, dans la limite des moyens -très modestes- qui étaient les nôtres à l’époque, nous avions en juillet 1989 décidé d’aller passer une quinzaine de jours dans le Perche vendômois.
Nous voilà donc à Naveil, où une visite de courtoisie s’impose, s’agissant de la commune d’origine d’un grand-père disparu, loin de chez lui, en 1955... Rien de tel pour se mettre en condition qu’une petite promenade au coeur du village (église, mairie, écoles). En fait de coeur (de coeur de bourg, comme on dit aujourd’hui), on est ici à l’extrémité de la zone urbanisée, face aux champs et à la vallée du Loir. La commune est manifestement éclatée en une multiplicité de hameaux, entre lesquels se sont agglutinés des pavillons des années soixante. Mais voilà que, dans ce décor parfaitement banal (comme chez nous la traversée de Biéville-Beuville, pour donner un exemple), il se passe quelque chose d’incongru. De curieuses apparitions nous font signe, aux fenêtres d’un bâtiment que rien de particulier ne signale...
Etrange apparition
A l’intérieur en effet, parmi d’autres sculptures, plusieurs maquettes immaculées de notre Phénix, aujourd’hui vilainement masqué à Caen par une station du trolleybus guidé (ce TVR improprement rebaptisé tram).
Mais que font donc ici tous ces phénix, comme un autre trait d’union pour nous entre Caen et Naveil ? Que font ici tous ces chevaux, ces taureaux, ces cervidés, tous ces personnages, toutes ces formes déclinées dans les matières les plus diverses (bois, pierre, fer, cuivre, bronze, et le plâtre des maquettes...)? Quel est ce lieu si étrangement favorable à cette fantasmagorique biodiversité? Et de quel feu sacré l’oiseau fabuleux et unique s’est-il un jour extrait pour renaître?
L’atelier-musée Louis Leygue à Naveil
Nous l’apprendrons bientôt, l’esprit des lieux se nomme Louis LEYGUE (1905-1992), sculpteur et Prix de Rome 1931. Nous sommes devant son atelier, légué à la ville de Vendôme pour y accueillir une petite partie de son oeuvre (pour l’essentiel monumentale et qui ne peut donc y figurer), des études, des ébauches, des maquettes. Ce petit musée est ouvert au public : Atelier-musée Louis Leygue, rue des Venages, Naveil - 41100 Vendôme -Tél: 02 54 77 85 37 (mairie) Ouvert le jeudi de 10h à 12h et de 14h à 18h, et le samedi de 14h à 18h).
Le village de Naveil, où ses beaux-parents étaient enseignants, devient en effet dans les années 50 l’endroit où Louis LEYGUE peut se consacrer à ses recherches, depuis lors tournées pour l’essentiel vers le travail du métal.
A l’époque, il y a dans tous les villages un maréchal-ferrant, le tracteur n’ayant pas encore fait disparaître le bon vieux percheron. De la forge de Naveil, devenue l’indispensable complément de l’atelier, sortent de bien peu banales productions, comme ce Triptolème parti ensemencer le monde (1950, fer, dimensions 1,37 x 1,45 x 0,6m, 16 kg, réalisé par découpage et modelage au marteau d’une feuille de métal).

Le Phénix, et autres oeuvres...
De bronze cette fois, le Phénix a été conçu en 1953. Mais c’est en 1955 qu’il est porté aux dimensions que nous lui connaissons (hauteur 8 mètres) pour être installé devant l’Université (architecte Henry BERNARD), à laquelle manquent encore les deux ailes de Lettres et de Sciences.
C’est encore avec Henry BERNARD (auquel on doit aussi à Caen l’église St Julien, en contrebas de l’Université) qu’il participe en 1962 à la décoration du grand auditorium de la Maison de la Radio (Paris) par la réalisation de 2 vastes compositions pariétales (2 fois 10 mètres (Les bruissements de la forêt et Les rumeurs de la ville) ainsi que du soubassement des grandes orgues.
Sans nous aventurer dans une relation exhaustive de l’oeuvre, abondante et multiple, de Louis LEYGUE, auquel son ami Pierre Cruège a consacré en 2000 un livre publié aux Editions de l’Amateur (voir aussi le site http://www.louis-leygue.fr/chronologie.php), on signalera seulement sa participation en 1938-1939 à la décoration intérieure de la nouvelle ambassade de France à Ottawa, aux côtés de GROMAIRE et de Charles-Edouard PINSON, autre artiste très présent à Caen (Université, Chambre de Commerce, etc.).
http://www.ambafrance-ca.org/galerie/genese/artistes/leyg...
http://www.ambafrance-ca.org/galerie/genese/artistes/pins...
http://www.ambafrance-ca.org/galerie/genese/artistes/grom...
Signalons encore le Monument aux déportés de l’Ain (1949, bord du lac à Nantua), et le Cavalier tombé, oeuvre de 1945, agrandie et fondue en 1985 pour prendre place devant l’Hôtel de Ville de Vendôme.
Redonner au Phénix la place qu’il mérite...
Vingt ans après notre première visite à Naveil, cela fait maintenant six ans qu’à Caen une station de notre prétendu « tram » (mis en service fin 2002) masque vilainement l’oeuvre de LEYGUE, dont la plus grande réussite est sans doute de s’être imposée depuis 50 ans comme un symbole et un repère « naturel » dans la ville. Il serait instructif de faire le recensement de ses « produits dérivés », de 1957 à nos jours (le restaurant universitaire, par exemple, utilisait dans les années 60 des assiettes siglées à son image). On se donne par ailleurs rendez-vous « au Phénix », pas à Jeanne d’Arc, à Louis XIV ou Du Guesclin. Et si on ignore souvent à qui on doit cette sculpture, si familière qu’elle pourrait être dépourvue de tout auteur strictement défini (comme ces chansons traditionnelles dont la popularité même a relégué l’auteur dans l’anonymat), il est par contre bien établi pour tout le monde qu’on ne la doit pas au ciseau de Jean-Claude DECAUX, lequel fait le beau métier de vendre du temps de cerveau disponible sur sanisettes et autres éléments de mobilier urbain...
Je n’ai rien contre les abribus Decaux, assez sobres, publicité et automates de billetterie mis à part. Mais je trouve inconvenant qu’on ait barré la perspective entre le château et l’université en exhibant une station de « tram », et en cachant le Phénix derrière. La platitude d’une fontaine en béton quadrangulaire et surdimensionnée, sur l’esplanade de la Paix côté château, n’a par ailleurs rien arrangé...
Alors, de grâce mesdames messieurs les décideurs, trouvez-nous les quelques milliers d’euros nécessaires pour installer le Phénix dans un endroit digne de lui, à l’autre extrémité de la pelouse par exemple...
18:11 Publié dans Du bonheur dans les épinards... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : phénix, louis leygue, naveil, caen, jean-claude decaux
samedi, 15 mars 2008
"Caen, ma ville préférée", tango municipal
Amis mélomanes et chauvins, bonjour !
J’ai enfin retrouvé sur internet, il y a quelques mois, la trace de Michel Gardyl (pseudonyme), auquel on doit l'inoubliable "Caen, ma ville préférée", authentique petit chef d'oeuvre datant des sixties, dont je propose de faire l'hymne officiel de notre ville, quel que soit le résultat du deuxième tour des élections municipales. Toute référence partisane en est en effet absente.
En cliquant sur le lien ci-dessous, on peut, après un petit détour par Oran, en écouter un enregistrement dont la qualité n'est sans doute pas excellente (un pot de moutarde et dix sucettes à celui qui me trouvera le 45 tours original, édité par Tivoli Record).
Si vous avez aimé, vous pouvez tester sur le même site le "Débarquement en Normandie", et 3 autres titres encore.
http://loranais.musicblog.fr/470330/CAEN-MA-VILLE-PREFERE/
J’ai passé de très bons moments,
En visitant la Normandie ;
Ils sont heureux tous les normands,
Ils sont joyeux, et bons amis.
Bien sûr, comme dans tous les pays,
Des coups durs on en voit aussi,
Des ????, des malheurs, c’est la vie, *
Ô qu’elle est belle, la Normandie !
Mais la ville où je fus ravi,
Ville de martyrs, et déjà dit,
Ville toute neuve aujourd’hui,
Caen, c’est un petit paradis !
Caen, c’est la plus belle ville des normands,
Caen, ville de joie, d’amour et de passion,
Caen, où j’ai connu que de braves gens,
Caen, ville merveilleuse que celle de Caen !
Caen, a ses belles femmes et ses grands champions
Caen, le monde entier chantera ta chanson,
Caen, je n’oublierai pas ces bons moments,
Caen, je reviendrai toutes les saisons.
Je connais bien tout ton passé,
Tes plaies, tes souffrances, tes peines,
Mais les Caennais savent oublier,
????????????????? calvaire et haine, *
Ville complètement rénovée,
Qu’elle est belle, l’université !
Les étudiants du monde entier
Vivent en quiétude, vivent en gaîté,
Et même le temps n’est plus morne,
Ils sont joyeux les vacanciers,
Ils s’amusent tous au bord de l’Orne.
Caen, c’est ma ville préférée !
[instrumental]
Caen, a ses belles femmes et ses grands champions
Caen, le monde entier chantera ta chanson,
Caen, je n’oublierai pas ces bons moments,
Caen, je reviendrai toutes les saisons.
* lacunes dans ma compréhension du texte
15:36 Publié dans Du bonheur dans les épinards... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : caen ma ville préférée, michel gardyl








